Taux minimum classe A : 20,60 $/hProchaine hausse : 21,10 $ — juillet 2027Permis BSP : 188,50 $Validité du permis : 5 ansPrime de nuit : 1,00 $/hFormation obligatoire : 70 heuresSecourisme : à refaire aux 3 ansTaux minimum classe A : 20,60 $/hProchaine hausse : 21,10 $ — juillet 2027Permis BSP : 188,50 $Validité du permis : 5 ansPrime de nuit : 1,00 $/hFormation obligatoire : 70 heuresSecourisme : à refaire aux 3 ans
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Emploi

Agent de sécurité dans le Grand Nord : salaire, rotations et campements

Mines, Baie-James, Nunavik : le décret s'applique partout au Québec, mais ne prévoit aucune prime d'éloignement. Rotations, logement, impôt et questions à poser avant de partir.

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Une mine au Nunavik, un campement à la Baie-James, une centrale au bout d'une route de 620 km : travailler comme agent de sécurité dans le Grand Nord attire ceux qui veulent accumuler des heures et changer de décor. Les annonces parlent de rotations, de logement fourni et de « primes d'éloignement ». Que disent vraiment les textes officiels ? Voici ce qui est garanti par la loi, ce qui ne l'est pas, et les questions à poser avant de monter dans l'avion.

Où travaille un agent de sécurité dans le Nord ?

La région administrative du Nord-du-Québec couvre 706 950 km² de terre ferme, soit plus de la moitié du Québec, pour 47 541 habitants en 2025 selon le portrait socioéconomique publié par le gouvernement. Elle regroupe la Jamésie, le territoire cri d'Eeyou Istchee et le Nunavik. On y travaille surtout sur de grands sites isolés :

  • les mines. La carte du ministère des Ressources naturelles et des Forêts de février 2026 compte 21 mines actives au Québec et 54 projets miniers. Plusieurs sont dans le Nord ou sur la Côte-Nord : le nickel au Nunavik, l'or à la Baie-James, le fer autour de Fermont et de Schefferville, et plusieurs projets de lithium à la Baie-James
  • les installations d'Hydro-Québec. Le complexe La Grande, à la Baie-James, compte 11 centrales et 9 réservoirs et produit la moitié de l'électricité du Québec, selon Hydro-Québec. La route qui y mène, de Matagami à Radisson, fait 620 km
  • les chantiers et leurs campements, où logent les travailleurs pendant leur rotation.

Le travail ressemble à celui d'un grand site industriel du Sud : contrôle des accès à la guérite, rondes, surveillance du campement, application des règles du site. La différence, c'est l'isolement, le froid et l'horaire.

Faut-il un permis du BSP pour travailler dans le Nord ?

Oui. La Loi sur la sécurité privée ne prévoit aucune exception pour un territoire. Son article 16 exige que la personne qui exerce une activité de sécurité privée soit titulaire d'un permis d'agent, où qu'elle travaille au Québec.

Une nuance existe pour la sécurité « maison ». Si vous êtes employé directement par une entreprise dont le métier n'est pas la sécurité, une compagnie minière par exemple, le permis n'est exigé que si la sécurité est votre activité principale. Pour un poste d'agent de sécurité à temps plein, c'est le cas. Les étapes sont sur notre page le permis du BSP.

Le décret s'applique-t-il dans le Nord ?

Oui. Selon l'article 2.01 du Décret sur les agents de sécurité, son champ d'application comprend tout le Québec. Un agent placé par une agence sur un site de la Baie-James ou du Nunavik a droit au même minimum qu'à Montréal : 20,60 $ l'heure pour la classe A depuis le 28 juin 2026, et 21,10 $ à compter du 4 juillet 2027.

Attention à qui vous embauche. Le décret vise les agences de sécurité et leurs salariés. Il exclut les salariés qui font du travail de sécurité exclusivement pour les besoins de leur propre employeur (article 2.03). Autrement dit :

Votre employeurCe qui fixe vos conditions
Une agence de sécurité qui vous place sur le siteLe décret : taux minimum, primes, semaine de 40 heures
La minière ou l'exploitant du site lui-mêmeVotre contrat ou la convention collective, avec la Loi sur les normes du travail comme plancher

C'est la première question à poser : « Qui signe ma paie ? »

Y a-t-il une prime d'éloignement ?

Pas dans le décret. Il ne prévoit aucune prime nordique ni prime d'éloignement. Son article 4.15 précise même que seules les primes qu'il énumère sont des primes, et que toute autre rémunération supplémentaire est considérée comme du salaire.

Une agence peut donc payer plus que le minimum pour attirer des agents dans le Nord, et plusieurs annonces le promettent. Mais ce supplément vient de l'employeur, pas de la loi. Il doit être écrit dans votre contrat. Les primes du décret, elles, s'appliquent comme partout ailleurs :

  • 1,00 $ l'heure pour les heures travaillées entre 22 h et 6 h
  • 1,00 $ l'heure si le client ou l'employeur exige l'attestation de l'ASP Construction
  • 0,60 $ l'heure pour l'agent formé en secourisme, RCR et défibrillateur depuis moins de 3 ans
  • 3,00 $ l'heure quand votre propre automobile sert d'abri.

Le détail de chacune est dans notre article sur les primes du décret.

Comment sont payées les longues rotations ?

Dans le Nord, on travaille souvent plusieurs semaines de suite, puis on redescend pour un long congé. Le décret contient une seule règle écrite pour ce cas, à l'article 3.04. En temps normal, l'agent permanent (catégorie A-01 du décret) est payé à temps et demi à partir de sa 7e journée consécutive de travail. Mais s'il est assigné chez un client du secteur minier avec hébergement, le temps et demi ne commence qu'à la 15e journée consécutive.

Pour le reste, les règles habituelles du décret tiennent :

  • la semaine normale est de 40 heures (article 3.01)
  • les heures au-delà sont majorées de 50 % (articles 3.03 et 3.04)
  • l'employeur peut étaler les heures sur plusieurs semaines, mais seulement à des conditions strictes : accord des salariés, avantage en échange, moyenne de 40 heures sur un maximum de 4 semaines, et avis écrit au Comité paritaire 60 jours d'avance (article 3.01.1).

Si vous n'êtes pas couvert par le décret, c'est le Règlement sur les normes du travail qui s'applique, et il est moins généreux. Il fixe la semaine normale à 55 heures pour le salarié qui travaille dans un endroit isolé, c'est-à-dire inaccessible par une route carrossable et sans transport régulier, et pour celui qui effectue des travaux sur le territoire de la Baie-James. Les heures supplémentaires ne commencent alors qu'après 55 heures. En cas de doute sur la règle qui vous vise, demandez-le au Comité paritaire ou à la CNESST avant de signer.

La Loi sur les normes du travail prévoit deux protections. Vous pouvez refuser de travailler plus de 14 heures par période de 24 heures (article 59.0.1). Et le repos hebdomadaire minimal de 32 heures consécutives ne peut être mis de côté que par un étalement des heures fait dans les règles (articles 53 et 78). Voir aussi notre article sur les heures de travail de l'agent de sécurité.

Le voyage, le logement et les repas sont-ils payés ?

Le voyage. L'article 57 de la Loi sur les normes du travail dit qu'un salarié est réputé au travail durant un déplacement exigé par l'employeur, et l'article 85.2 oblige l'employeur à rembourser les frais raisonnables d'un déplacement fait à sa demande. Nous n'avons toutefois trouvé aucun texte officiel qui tranche le cas précis du vol nolisé vers un campement. Faites écrire dans votre contrat si les heures de vol et d'attente sont payées, et à quel taux.

Le logement et les repas. Le Règlement sur la santé et la sécurité du travail oblige l'employeur à mettre un campement et des moyens de restauration à la disposition des travailleurs qui exécutent des travaux dans des lieux éloignés sans possibilité d'hébergement (article 158). Et s'il vous fait payer, le montant est plafonné par règlement :

Ce que l'employeur fournitMaximum qu'il peut exiger
Repas2,73 $ par repas, jusqu'à 35,69 $ par semaine
Chambre34,32 $ par semaine

Ces montants sont ceux du Règlement sur les normes du travail (article 6), auquel renvoie l'article 4.12 du décret. Sur la plupart des sites éloignés, le logement et les repas sont offerts sans frais. Vérifiez-le quand même.

L'uniforme. Il est aux frais de l'employeur, y compris un manteau d'hiver avec capuchon lorsque la nature des tâches le requiert (article 8.02 du décret).

Quel est l'effet sur l'impôt ?

Deux règles fiscales reviennent souvent dans les conversations de campement. Voici ce que disent Revenu Québec et l'Agence du revenu du Canada.

Le logement et les repas fournis. Ils ne sont pas un avantage imposable si vos fonctions vous obligent à vous absenter de votre résidence principale pendant au moins 36 heures et que vous êtes sur un chantier particulier ou dans un endroit éloigné. Pour le chantier particulier, il faut que le travail soit temporaire et que votre résidence principale reste à votre disposition, sans être louée. Le transport fourni entre cette résidence et le chantier suit la même logique.

La déduction pour habitants de régions éloignées. Elle exige d'avoir habité dans une zone nordique ou intermédiaire reconnue pendant au moins six mois consécutifs. Pour un travailleur en rotation qui garde son domicile dans le Sud, ce n'est pas automatique. Revenu Québec avertit que si votre principal lieu d'habitation est à l'extérieur de la région, vous pouvez interrompre votre période de résidence chaque fois que vous quittez la région, selon la fréquence, le but et la durée des absences. L'Agence du revenu du Canada prévoit de son côté un cas pour la personne qui habite sur un chantier particulier situé dans une zone reconnue pendant au moins six mois consécutifs. Avant de compter sur cette déduction, vérifiez votre situation auprès de Revenu Québec, de l'ARC ou d'un préparateur de déclarations.

Quels sont les risques du travail en milieu isolé ?

  • Le travail seul. Quand un travailleur exécute seul un travail dans un lieu isolé où il lui est impossible de demander de l'aide, l'employeur doit appliquer une méthode de surveillance efficace, continue ou intermittente (article 322 du Règlement sur la santé et la sécurité du travail). Demandez laquelle : radio, appels à heure fixe, ronde d'un collègue
  • Le froid. Si la température ne peut pas être maintenue à un niveau convenable, un endroit chauffé doit être mis à la disposition des travailleurs (article 116 du même règlement). Les conseils de la CNESST pour le travail au froid sont résumés dans notre article sur le signaleur routier et l'hiver
  • Les secours. L'employeur doit assurer la présence d'au moins un secouriste en tout temps et un moyen de communication immédiat avec les services de premiers soins. Le règlement sur les premiers secours prévoit des exigences plus élevées, dont la présence de personnel infirmier, dans certains milieux de travail situés à plus de 30 minutes par la route d'un service ambulancier ou médical
  • L'alcool et les drogues. La Loi sur la santé et la sécurité du travail interdit d'exécuter son travail avec les facultés affaiblies par l'alcool ou la drogue, cannabis compris (article 49.1). Les donneurs d'ouvrage ajoutent souvent leurs propres règles. Le code de conduite des fournisseurs d'Hydro-Québec, par exemple, exige que les employés de ses fournisseurs n'aient aucune trace d'alcool ou de drogue dans l'organisme sur ses installations et ses chantiers, et prévoit le dépistage.

L'isolement pèse aussi sur le moral : des semaines loin de la famille, des quarts de 12 heures, souvent de nuit. Notre article sur le travail de nuit donne des repères pour tenir le coup.

Y a-t-il beaucoup d'emplois d'agent de sécurité dans le Nord ?

Il y en a, mais le marché est petit. Selon le Guichet-Emplois du gouvernement du Canada, le salaire médian des agents de sécurité était de 22,00 $ l'heure dans le Nord-du-Québec et de 22,64 $ sur la Côte-Nord, contre 21,56 $ pour l'ensemble du Québec (données mises à jour en novembre 2025). Ce sont des résultats d'enquête, pas des taux légaux. Le même organisme juge les perspectives d'emploi « très limitées » sur la Côte-Nord pour 2025 à 2027. L'écart avec le Sud est donc plus mince que ce que laissent croire certaines annonces : c'est surtout le nombre d'heures qui fait grossir la paie.

Plusieurs sites ont des ententes qui favorisent l'embauche locale. L'entente Raglan de 1995, au Nunavik, garantit par exemple une préférence d'embauche aux travailleurs inuits qualifiés, selon Ressources naturelles Canada.

Quelles questions poser avant d'accepter ?

  • Qui est mon employeur : une agence de sécurité ou l'exploitant du site ?
  • Quel est le taux horaire, et le supplément « nordique » est-il écrit dans le contrat ?
  • Quelle est la rotation, et combien d'heures par jour ?
  • À partir de quand les heures sont-elles payées à temps et demi ?
  • Les heures de voyage sont-elles payées ? Qui paie le transport jusqu'au point de départ du vol ?
  • Le logement et les repas sont-ils gratuits ?
  • Quel équipement d'hiver est fourni ?
  • Vais-je travailler seul, et comment suis-je suivi ?
  • Quelles sont les règles du campement sur l'alcool, les drogues et le dépistage ?
  • Faut-il une attestation de l'ASP Construction ou une formation particulière, et qui la paie ?

Pour comparer avec les autres milieux, voyez quels agents de sécurité sont les mieux payés et notre page sur le salaire et le décret.

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Sources

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